Selon les nouvelles données publiées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), jusqu’à 80% des citadins sont régulièrement exposés à des niveaux de pollution atmosphérique dépassant les limites de l’OMS. Cette pollution cause, toujours selon la même organisation, plus de 3 millions de décès prématurés dans le monde chaque année. Cette enquête périodique menée dans 3 000 villes reparties dans 103 pays a révélé que les populations urbaines des pays à faible revenu sont les plus touchées. Alors que les résultats sont alarmants, la bonne nouvelle est que les villes font de grands progrès pour relever les défis de la pollution de l’air. Dans les lignes qui suivent, nous allons passer en revue des initiatives pour améliorer la qualité de l’air, améliorer la santé publique et réduire les risques de changement climatique.

Restrictions sur les véhicules personnels à moteur

Les voitures et les taxis dans les villes sont parmi les principales sources de polluants. Ils émettent des composés toxiques comme les sulfates, les nitrates et le CO2. Stockholm, Londres et Copenhague comptent parmi les nombreuses villes qui ont introduit des zones à faibles émissions dans leurs centres-villes pour lutter contre la pollution de l’air sur le long terme. En outre, lorsque le smog atteint des niveaux dangereux, de nombreux maires prennent l’audace de restreindre l’accès à des milliers, voire des millions de véhicules privés dans le centre-ville.

En 1992, Mexico a été classée comme ville la plus polluée du monde. Au cours des vingt dernières années, la ville a considérablement réduit la pollution de l’air ainsi que les émissions de CO2, grâce à des politiques qui comprenaient la restriction de l’accès à la ville pour certains véhicules privés hautement polluants. En mars 2016, des niveaux dangereux de pollution de l’air sont revenus à Mexico. Le gouvernement de Mexico a dûment ordonné la mise en fourrière de 2 millions de voitures personnelles, soit près de 40% du parc automobile

Le maire de Madrid, Manuela Carmena, a récemment dévoilé un programme visant à restreindre l’accès des voitures au centre-ville en période de forte pollution. En décembre 2015, le maire de Milan, Giuliano Pisapia, a banni pendant trois jours les voitures, les motos et les scooters du centre-ville. Des programmes similaires ont été observés à New Delhi et à Beijing. Les Champs-Elysées à Paris sont régulièrement transformés en zone piétonne dans un effort pour lutter contre la pollution de l’air dans la ville.

Mise en place de transports publics à faibles émissions

Inspiré par les efforts novateurs de Curitiba, aujourd’hui plus de 40 villes exploitent des corridors de bus à haut niveau de service (BHNS), y compris Rio de Janeiro, Chicago et Johannesburg. Il s’agit d’un système de transport public par bus conçu pour améliorer la capacité et la fiabilité par rapport à un système de bus conventionnel. Généralement, un système BHNS comprend une route dédiée aux bus et donne la priorité aux bus aux intersections où ceux-ci peuvent interagir avec d’autres véhicules; afin de réduire les retards causés par l’embarquement ou l’achat de billets. Ce système vise à combiner la capacité et la vitesse d’un métro avec la flexibilité, les faibles des coûts et la simplicité d’un système de bus. Cette solution de transport public innovante transporte aujourd’hui des millions de passagers qui voyageraient autrement dans des véhicules plus polluants.

En 2015, 26 villes ont signé la déclaration Clean Bus, les engageant à améliorer la qualité de l’air grâce à l’introduction d’autobus à faible émission. En l’espace de quelques mois, le premier sommet Clean Bus a réuni des représentants des villes et des constructeurs d’autobus afin de faire le point des engagements. Les vingt-six villes se sont engagées à déployer plus de 45 000 bus à faibles émissions d’ici 2020, et le pouvoir de négociation collective de ces villes a fait baisser les coûts de revient des bus électriques. Si ces 26 villes pouvaient remplacer toute leur flotte de véhicules par des véhicules à faibles émissions, les économies pourraient atteindre 2,8 millions de tonnes de GES par an, ce qui équivaudrait à retirer de la route près de 590 000 voitures.

Gestion de la mobilité dans les villes

Les villes de demain doivent être compactes et bien reliées aux transports publics, à la marche et aux infrastructures cyclables. La gestion de la mobilité est une approche qui vise à fournir aux villes un moyen moins coûteux et plus rapide d’améliorer la capacité de transport, l’efficacité et l’accessibilité plutôt que d’investir dans de nouvelles infrastructures. San Francisco, par exemple, a introduit le «SF Park», un programme de stationnement assorti d’un mécanisme de tarification adapté, qui a permis une réduction de 50% des frais de stationnement. Ce type d’initiatives de stationnement intelligent réduit la pollution de l’air créée par les véhicules à la recherche de stationnement.

Cette initiative s’est associée à MasterCard pour connecter les mégalopoles mondiales dans un réseau de «gestion de la mobilité» unique en son genre. Le partenariat s’appuiera sur les données et l’expertise de MasterCard sur l’utilisation des transports publics par les citadins afin d’aider les villes à optimiser l’efficacité de leurs systèmes de transport et ainsi réduire les coûts d’investissement, les émissions et la pollution atmosphérique.

Le Pacte des Maires

Le Pacte des Maires, une coalition mondiale de maires et de fonctionnaires municipaux s’est engagée à réduire les émissions locales de gaz à effet de serre, à renforcer la résilience aux changements climatiques et à suivre leurs progrès de manière transparente. Grâce au soutien de la philanthropie britannique, la Fondation du Fonds d’investissement pour les enfants (CIFF) aide plus de 30 villes des pays du Sud à dresser des inventaires précis de leurs émissions de gaz à effet de serre et à élaborer des plans d’action. Cet effort contribuera sans aucun doute à réduire la pollution de l’air de toutes les sources, y compris la construction, l’aviation et l’industrie dans les années à venir.

Les maires sont souvent directement responsables devant leurs citoyens du succès ou de l’échec de leurs politiques et voient beaucoup plus vite que les politiciens nationaux les effets du changement de politique. Tout comme les maires se sont exprimés ouvertement sur la menace du changement climatique pour leurs citoyens, ils exigent également des actions de la part des dirigeants nationaux et internationaux ainsi que des entreprises et de l’industrie pour réduire la pollution de l’air dans leurs villes.

En mars 2016, les maires de 20 villes européennes ont signé une lettre commune critiquant l’Union européenne pour avoir permis aux constructeurs automobiles de dépasser les limites d’émissions fixées par la législation européenne. La lettre concluait: « Nous appelons les gouvernements de toute l’Europe à utiliser tous les moyens légaux et politiques en leur pouvoir pour garantir que les normes européennes de pollution de l’air soient appliquées de manière cohérente dans toutes les industries. »

Initiatives de quelques villes européennes

A travers le vieux continent, de nombreuses villes ont mis en place des mesures visant à améliorer la qualité de l’air pour les concitoyens. Sur tout le continent, des initiatives similaires sont en place ou en voie de l’être.

Paris

Paris a interdit les voitures dans de nombreux quartiers centraux le week-end. La ville impose des interdictions basées sur les plaques minéralogiques, rend les transports publics gratuits pendant les pics de pollution et encourage les programmes de partage de voitures et de vélos. Une longue section de la rive droite de la Seine est désormais interdite aux voitures et une interdiction mensuelle des voitures est entrée en vigueur le long des Champs-Elysées.

Fribourg

Fribourg en Allemagne dispose de 500 km de pistes cyclables, des tramways et d’un système de transport en commun bon marché et efficace. Une banlieue, Vauban, interdit aux automobilistes de se garer près des habitations et fait payer 18 000 € aux automobilistes pour un espace en périphérie de la ville. En échange d’une vie sans voiture, la ville offre aux habitants des logements moins chers, des transports en commun gratuits et de nombreux espaces pour vélos.

Copenhague

Copenhague privilégie les vélos par rapport aux voitures et il y a maintenant dans la ville plus bicyclettes que d’habitants. La ville a calculé qu’un mile sur un vélo rapportait 0,42 $ à la société, tandis qu’un mile dans une voiture représentait une perte de 0,20 $. De grandes parties de la capitale danoise ont été fermées aux véhicules pendant des décennies et la ville prévoit de devenir neutre en carbone d’ici 2025.

Oslo

Oslo prévoit de réduire de moitié ses émissions climatiques d’ici 2020 et propose une grande zone sans voiture, la construction de 40 miles de nouvelles pistes cyclables, des péages de congestion, des frais lors des heures de pointe pour les automobilistes et la suppression de nombreuses places de stationnement.

Helsinki

La capitale finlandaise prévoit de réduire drastiquement le nombre de voitures dans ses rues en investissant massivement dans de meilleurs transports en commun, en augmentant les frais de stationnement, en encourageant les vélos et la marche et en transformant les rocades en zones résidentielles et piétonnes. L’idée est de rendre les transports publics de la ville si bons que personne ne veuille d’une voiture d’ici 2050.

Zurich

Zurich a plafonné le nombre de places de stationnement dans la ville. Elle autorise seulement un certain nombre de voitures dans la ville à la fois, et construit plus de zones sans voiture, des lignes de tramway et des rues piétonnes. Le résultat a été une réduction spectaculaire des embouteillages et de la pollution.